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La chenille processionnaire est l'une des menaces les plus sérieuses et les plus sous-estimées pour les chiens en France. Un contact avec ces chenilles peut provoquer une nécrose de la langue et de la gueule pouvant aller jusqu'à l'amputation partielle, voire la mort si le traitement n'est pas administré dans les heures qui suivent. Ce n'est pas une exagération : c'est la réalité documentée de ce que provoquent les poils urticants des chenilles processionnaires sur les tissus vivants. Chaque printemps, des centaines de chiens sont victimes de cette intoxication en France. Reconnaître les zones à risque, surveiller son chien et savoir réagir immédiatement en cas de contact : voici tout ce qu'il faut savoir.
Notre chien a failli en être victime l'an dernier, lors d'une promenade en forêt de pins dans les Landes. J'avais vu le cortège au sol mais Edgard n'avait pas eu le temps de retenir le chien qui avait reniflé de trop près. Nous avons eu beaucoup de chance. Cette expérience m'a convaincue que ce sujet méritait d'être connu de tous les propriétaires de chiens.

Il existe deux espèces principales en France qui concernent les propriétaires d'animaux de compagnie.
La chenille processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa) est la plus répandue. Elle vit en colonies dans des nids soyeux blancs bien visibles en haut des pins, des cèdres et des sapins. En hiver et au début du printemps, entre janvier et avril selon les régions, les chenilles descendent en procession du sol pour s'enterrer et se nymphoser. C'est pendant cette procession et dans les semaines qui précèdent que le risque est maximal pour les chiens.
La chenille processionnaire du chêne (Thaumetopoea processionea) est présente dans les régions au nord de la Loire et se développe fortement depuis les années 2010, notamment en Île-de-France, Normandie et Pays de la Loire. Elle vit dans les chênes et forme des processions entre mai et juillet. Son niveau de danger pour les chiens est identique à celui de la chenille du pin.

Le danger ne vient pas d'une morsure ni d'un venin injecté. Il vient des poils urticants, appelés soies ou setae, que ces chenilles portent sur leur corps. Chaque chenille en possède entre 500 000 et 700 000, microscopiques, creux, et barbelés comme des hameçons.
Ces poils sont chargés d'une protéine urticante, la thaumétopoéine, qui provoque des réactions inflammatoires violentes au contact des tissus vivants. Quand un chien renifle, lèche ou tente de mordre une chenille ou une procession, ces poils se plantent dans les muqueuses de la gueule, de la langue, du palais et de la gorge. Leur forme en hameçon les empêche de ressortir et ils continuent à libérer de la thaumétopoéine en profondeur dans les tissus.
La réaction est rapide et progressive : les tissus gonflent, s'enflamment, puis commencent à se nécroser. Le processus peut être irréversible en quelques heures si le traitement n'est pas administré.

Ils apparaissent généralement dans les 30 minutes à 2 heures suivant le contact, parfois plus rapidement.

Si vous observez l'un de ces signes après une promenade dans une zone à risque, ne perdez pas une seconde. Appelez votre vétérinaire ou rendez-vous directement aux urgences vétérinaires les plus proches. Chaque minute compte.

Les bons gestes dans les premières minutes peuvent faire une différence significative sur l'évolution de la situation.
Rincez abondamment la gueule de votre chien à l'eau claire, en faisant couler de l'eau depuis le dessus de la gueule pour qu'elle ressort par en dessous sans avaler. L'objectif est d'éliminer le maximum de poils urticants encore en surface avant qu'ils ne s'enfoncent davantage. Ne frottez pas : le frottement enfonce les poils plus profondément.
Appelez votre vétérinaire immédiatement en lui décrivant la situation, l'heure du contact et les symptômes observés. Il vous donnera les instructions pour la suite et vous dira s'il faut venir en urgence ou attendre.
Essayez de vous souvenir de l'heure exacte du contact et de l'importance du contact (simple frôlement ou contact direct avec la gueule). Ces informations aideront le vétérinaire à évaluer la gravité.
Ne frottez pas la gueule avec un chiffon ou une serviette : vous ne feriez qu'enfoncer les poils plus profondément dans les muqueuses.
Ne donnez pas d'antihistaminiques humains sans avis vétérinaire. Les dosages sont différents et certains médicaments humains sont toxiques pour les chiens.
Ne perdez pas de temps à observer en espérant que ça passe. L'intoxication aux chenilles processionnaires ne s'améliore pas sans traitement. Elle s'aggrave.

Arrivé chez le vétérinaire, le traitement vise à limiter l'inflammation et la nécrose tout en prévenant les complications.
Il comprend généralement des anti-inflammatoires (corticoïdes) en injection pour réduire rapidement le gonflement, des antihistaminiques, un rinçage professionnel de la gueule sous sédation pour éliminer le maximum de poils, et une surveillance de la fonction respiratoire.
Dans les cas sévères, une hospitalisation de 24 à 48 heures est nécessaire. Si la nécrose de la langue est importante, des interventions chirurgicales peuvent être requises, pouvant aller jusqu'à l'amputation d'une partie de la langue. Ce pronostic sombre n'est heureusement pas systématique, mais il est réel dans les cas de contact massif non traité rapidement.
Le pronostic dépend beaucoup de la rapidité de la prise en charge. Un chien traité dans l'heure suivant le contact a de bien meilleures chances qu'un chien amené au bout de 6 heures avec une nécrose déjà installée.

Connaître les zones et les périodes à risque permet d'adapter la vigilance.
La chenille processionnaire du pin est présente dans toute la moitié sud de la France : Occitanie, Nouvelle-Aquitaine, PACA, Corse, et remonte progressivement vers le nord sous l'effet du réchauffement climatique. Elle est désormais présente en Île-de-France, dans la vallée de la Loire et dans certaines zones du Centre.
La chenille processionnaire du chêne colonise surtout le nord et l'ouest : Île-de-France, Normandie, Pays de la Loire, Centre-Val de Loire, Bretagne.
Les zones à fort risque sont les forêts de pins et les parcs urbains et périurbains plantés de pins ou de chênes, les allées de cèdres, les bords de chemins forestiers.
Pour la processionnaire du pin, les processions au sol ont lieu de janvier à avril selon les régions (plus tôt dans le Midi, plus tard dans les régions froides). C'est la période de risque maximal : les cortèges peuvent mesurer plusieurs mètres et traverser des chemins de promenade.
Pour la processionnaire du chêne, le risque concerne mai à juillet.
En dehors de ces périodes, les nids en hauteur dans les arbres restent dangereux si votre chien touche des débris tombés au sol ou si vous ramassez des branches portant des fragments de nids.
La prévention est de loin la meilleure protection.
Reconnaître les nids : dans les pins, recherchez les nids blancs soyeux caractéristiques en haut des arbres, souvent bien visibles en hiver quand les branches sont nues. Si vous en voyez, la zone est à risque.
Reconnaître les processions : les chenilles en procession forment une file indienne caractéristique, tête-queue, qui peut atteindre plusieurs mètres. Si vous en voyez une en travers d'un chemin, faites demi-tour et éloignez immédiatement votre chien en le portant si nécessaire pour qu'il ne traverse pas la procession.
Tenez votre chien en laisse dans les zones forestières à risque, particulièrement au printemps. Un chien en liberté qui court peut foncer dans une procession avant que vous n'ayez le temps de réagir.
Apprenez à votre chien le rappel : un rappel fiable peut sauver la vie de votre animal dans ces situations. C'est l'une des commandes les plus importantes à maîtriser.
Évitez les zones fortement infestées pendant les périodes à risque. Si vous savez qu'une forêt est très touchée, choisissez un autre terrain de promenade jusqu'en mai.
Les chiens ne sont pas les seuls concernés. Les humains peuvent aussi être victimes des poils urticants, même sans contact direct : les poils peuvent se disperser dans l'air lors de conditions venteuses. Chez les humains, ils provoquent des éruptions cutanées intenses, des conjonctivites sévères et des réactions respiratoires (toux, essoufflement) chez les personnes asthmatiques.
Si vous promenez votre chien et traversez une zone avec des processions, évitez de vous frotter les yeux et rincez-vous les mains après la promenade. Si vous avez des enfants qui jouent dans des zones à risque, la même vigilance s'applique.
Le réchauffement climatique favorise l'extension géographique de la chenille processionnaire du pin vers le nord et en altitude. Des zones qui n'étaient pas touchées il y a dix ans sont maintenant à risque. Les forêts de pins plantées pour la sylviculture ou comme brise-vent dans les zones agricoles élargissent les habitats disponibles.
Si vous habitez dans une région qui n'était pas concernée par ce risque jusqu'à présent, renseignez-vous auprès de votre mairie ou de votre vétérinaire local sur la situation actuelle dans votre zone. Ce risque mérite d'être connu de tous les propriétaires de chiens, pas seulement ceux du Sud de la France.
Si votre chien a simplement reniflé à distance sans contact direct avec les chenilles ou les poils tombés au sol, le risque est faible. Surveillez-le pendant les deux heures suivantes : salivation excessive, gonflement, agitation. Si aucun signe n'apparaît, il est probablement indemne. En cas du moindre doute ou du moindre symptôme même léger, appelez votre vétérinaire. La prudence ne coûte rien et peut tout changer.
Oui, les chats peuvent aussi être victimes d'une intoxication aux poils urticants de chenilles processionnaires, avec des symptômes similaires à ceux observés chez les chiens. En pratique, les chats qui se promènent en extérieur sont moins exposés que les chiens car ils sont généralement moins portés à renifler et à lécher le sol. Mais le risque existe et les mêmes précautions s'appliquent.
Oui. Les chenilles en procession traversent tout type de surface : chemins forestiers, routes, allées bétonnées, pelouses de parcs urbains. Si des pins ou des chênes infestés se trouvent à proximité d'un parc ou d'une allée, les processions peuvent traverser des zones très fréquentées. Des accidents ont été documentés dans des parcs publics de grandes villes. La vigilance s'applique aussi en milieu urbain.
Le risque principal vient du contact des poils avec les muqueuses, pas de l'ingestion des noisettes ou glands eux-mêmes. Si des poils urticants tombés des chenilles se sont déposés sur le fruit ou au sol, le contact avec la muqueuse buccale en ramassant l'objet peut provoquer une réaction. En cas de comportement anormal après cette situation, consultez votre vétérinaire.
Signalez-le à votre mairie ou à l'ONF (Office National des Forêts) si la zone concernée est une forêt publique. Pour les parcs municipaux, contactez directement les services techniques de votre commune. Il existe des méthodes de traitement biologique (Bacillus thuringiensis) et des pièges à phéromones qui peuvent réduire les populations sans dommage pour les autres insectes. Votre signalement peut contribuer à protéger d'autres animaux et d'autres familles.
Non. Aucun collier répulsif ni spray anti-insectes du commerce ne protège contre les chenilles processionnaires. Leur mode d'action repose sur les poils urticants et non sur une piqûre ou une morsure que l'on pourrait prévenir. La seule protection efficace est la prévention comportementale : laisse, vigilance et connaissance des zones à risque.