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Oui, un olivier se remet d'une taille sévère, et souvent très bien. C'est même l'un des arbres les plus résistants qui soit face aux interventions radicales. Les oliviers sauvages du pourtour méditerranéen ont survécu à des millénaires de tailles, de recépages, de sécheresses et même d'incendies. Certains spécimens tutoyant les mille ans ont été taillés dans leur bois le plus dur à de nombreuses reprises et continuent de produire chaque automne. La capacité de l'olivier à rejeter du vieux bois est l'une de ses caractéristiques biologiques les plus remarquables. Mais une taille sévère réussie ne s'improvise pas : la période, la technique et les soins post-taille déterminent si votre arbre repartira vigoureusement ou souffrira inutilement.
Edgard a taillé sévèrement notre olivier il y a deux ans, après plusieurs années de croissance non maîtrisée. L'arbre avait pris des proportions que notre terrasse ne pouvait plus accueillir, avec des branches qui partaient dans tous les sens et un centre complètement opaque. Nous avions une certaine appréhension. Deux mois après, les premières pousses vertes recourraient déjà le tronc nu. Aujourd'hui, l'olivier a retrouvé un port équilibré et il n'a jamais semblé aussi vivant.

Avant d'expliquer comment procéder, il faut comprendre pourquoi l'olivier est si résilient face aux interventions radicales. Cette compréhension vous donnera confiance au moment de saisir votre tronçonneuse, et elle vous évitera aussi des erreurs qui pourraient compromettre la reprise.
L'olivier possède dans son tronc et ses racines des bourgeons latents, aussi appelés bourgeons dormants ou bourgeons adventifs, qui peuvent rester en sommeil pendant des décennies sans s'éveiller. Quand un stress important survient, qu'il s'agisse d'une taille radicale, d'un gel ou d'une sécheresse extrême, ces bourgeons reçoivent un signal hormonal qui les pousse à se développer. Ils produisent de nouvelles pousses directement depuis le tronc et les grosses branches, même à des endroits qui semblaient inertes depuis des années.
C'est ce mécanisme qui explique le phénomène impressionnant que l'on observe après une taille sévère d'olivier : des dizaines de rejets verts qui émergent directement du tronc nu, comme si l'arbre décidait de se reconstruire entièrement à partir de ses fondations. Ce spectacle peut inquiéter au premier abord, mais c'est au contraire le signe que l'arbre est en pleine santé et qu'il répond exactement comme prévu.
La résilience de l'olivier tient aussi à son système racinaire profond et étendu, capable de stocker d'importantes réserves d'eau et de nutriments. Même après une taille qui supprime 60 à 70 % de la masse végétale, les racines continuent d'alimenter les tissus restants, fournissant l'énergie nécessaire à la reprise.

La période de taille est le facteur le plus important pour garantir une bonne reprise. Une taille sévère au mauvais moment peut considérablement ralentir la cicatrisation et exposer l'arbre à des maladies ou à des dommages climatiques.
Le printemps est sans conteste la meilleure saison pour tailler sévèrement un olivier, entre mi-mars et fin avril selon les régions. À cette période, la sève commence à circuler activement, les températures remontent et les risques de gel sont quasi nuls dans les régions olivicoles. La cicatrisation est rapide, les bourgeons latents sont stimulés par la chaleur croissante et les premières pousses apparaissent souvent dans les deux à six semaines suivant la taille.
Dans les régions au climat méditerranéen ou doux comme le Sud-Ouest, où les hivers sont cléments, on peut commencer dès la mi-février sur les arbres adultes bien établis.
Une taille sévère peut aussi être réalisée entre mi-août et début septembre, après la période de forte chaleur et avant les premières pluies d'automne. Les plaies de taille cicatrisent encore bien à cette période, et l'arbre a le temps de produire quelques pousses avant l'entrée en dormance hivernale. C'est une fenêtre souvent utilisée par les oléiculteurs pour les interventions de restructuration sur les vieux arbres.
L'hiver est à proscrire pour toute taille sévère d'olivier. Les plaies de taille sur du gros bois cicatrisent très lentement par temps froid, et les vagues de froid tardives peuvent nécroser des zones importantes autour des coupes. L'olivier est globalement résistant au gel, mais ses plaies de taille fraîches, elles, sont beaucoup plus vulnérables.
L'été en pleine canicule est aussi une période à éviter : la chaleur extrême assèche les plaies trop rapidement, stresse les quelques feuilles restantes et peut provoquer des brûlures sur le bois mis à nu.

La technique a son importance, non pas pour l'esthétique immédiate, mais pour la santé de l'arbre sur le long terme et la qualité de sa reprise.
Pour une taille sévère, vous aurez besoin :
La désinfection des outils est particulièrement importante pour l'olivier car il est sensible à la verticilliose, un champignon qui se propage via les outils contaminés.
Toujours couper au niveau d'un nœud, d'une bifurcation ou à la base d'une branche secondaire. Une coupe réalisée en plein milieu d'une branche, sans point de repère anatomique, laisse un moignon qui se nécrose et devient une porte d'entrée pour les maladies.
Inclinez légèrement la coupe pour que l'eau de pluie ne stagne pas sur la plaie. Pour les branches de plus de 8 cm de diamètre, procédez en deux temps : faites d'abord une entaille en dessous de la branche pour éviter qu'elle ne se fende sous son propre poids lors de la coupe finale. Ce déchirement de l'écorce sur le tronc est souvent plus problématique que la taille elle-même.
Appliquez du mastic cicatrisant immédiatement sur toutes les plaies de diamètre supérieur à 3 cm. Ce produit limite le dessèchement des tissus, protège contre les spores de champignons et les bactéries, et favorise la formation du cal cicatriciel.
C'est la question que beaucoup se posent. La réponse est : assez loin, à condition de garder du bois sain et vivant. Sur un olivier adulte bien établi, on peut supprimer jusqu'à 60 à 70 % de la masse foliaire et charpentière sans mettre la vie de l'arbre en danger.
En revanche, ne supprimez jamais la totalité du feuillage. Un minimum de feuilles doit être conservé pour maintenir la photosynthèse et produire les sucres dont l'arbre a besoin pour sa reprise. Gardez au moins quelques branches secondaires portant du feuillage sur chaque charpentière principale, même si ces branches ont vocation à être supprimées par la suite lors d'une deuxième intervention de régularisation.

C'est là que beaucoup d'erreurs se font. On taille, on est soulagé, et on passe à autre chose. Or c'est précisément dans les semaines et les mois qui suivent que les soins font toute la différence.
Un olivier taillé sévèrement a un système racinaire intact mais une masse foliaire réduite. Il consomme donc moins d'eau qu'avant la taille, mais il a tout de même besoin d'une humidité régulière pour soutenir la cicatrisation et alimenter les nouvelles pousses en formation.
Arrosez régulièrement mais modérément pendant les deux premiers mois suivant la taille. En été, comptez un arrosage abondant tous les dix à quinze jours sur un arbre en pleine terre. En pot, adaptez à la chaleur et au volume du substrat. Évitez les excès d'eau qui favorisent les maladies fongiques racinaires sur un arbre déjà affaibli.
Ne fertilisez pas immédiatement après la taille sévère. C'est une erreur fréquente : on pense aider l'arbre en lui apportant des nutriments, mais un apport d'engrais juste après une taille importante peut surcharger un système racinaire en état de stress et stimuler une croissance trop rapide des rejets, au détriment de la cicatrisation des plaies.
Attendez six à huit semaines après la taille, puis apportez un engrais équilibré, modérément riche en potassium pour favoriser le durcissement des nouvelles pousses. Répétez au début de l'été pour soutenir la saison de croissance.
C'est le geste le plus important de l'après-taille. Quand les rejets commencent à apparaître sur le tronc et les grosses branches, il faut très vite sélectionner ceux que vous souhaitez conserver pour former la future charpente, et éliminer les autres.
Voici les critères de sélection :
Pour supprimer un rejet, arrachez-le plutôt que de le couper quand il est encore petit et tendre. L'arrachage supprime les cellules méristématiques à la base du rejet, qui sont responsables de sa repousse. Une coupe simple laisse un moignon qui repart invariablement.
Après une taille très sévère, le tronc et les grosses branches se retrouvent exposés au soleil direct, parfois pour la première fois depuis des années. Cette exposition soudaire peut provoquer des brûlures ou des coups de soleil sur le bois, qui se manifestent par des zones sèches et craquelées sur l'écorce.
Pour protéger le tronc, certains oléiculteurs appliquent un badigeon à la chaux sur les parties mises à nu : ce mélange de chaux vive et d'eau forme un enduit blanc qui réfléchit la lumière et protège l'écorce des écarts thermiques importants entre jour et nuit. C'est une pratique ancestrale, simple et efficace.

C'est la question que tout le monde pose, avec une impatience compréhensible. Voici le calendrier réaliste de ce que vous pouvez espérer observer.
Dans les deux à six premières semaines, selon la chaleur et la période de taille, les premiers rejets commencent à émerger du tronc et des grosses branches. Petits, verts, vigoureux, ils sont le signe le plus encourageant que vous puissiez observer.
Entre le deuxième et le quatrième mois, les rejets sélectionnés grandissent rapidement. Sur un arbre jeune et vigoureux, ils peuvent atteindre 30 à 50 cm dès la première saison. Sur un vieil arbre, la croissance est un peu moins rapide mais tout aussi régulière.
À la fin de la première saison, l'olivier présente déjà une silhouette générale reconstituée, même si elle est encore légère et peu dense.
En deux à trois ans, la couronne est bien reconstituée, la production de fruits reprend progressivement, et l'arbre a retrouvé sa pleine vigueur. La première taille de régularisation pour sélectionner définitivement les branches charpentières et supprimer les rejets mal placés se fait généralement à la fin de la première saison ou au début de la deuxième.
Dans la grande majorité des cas, un olivier taillé sévèrement au bon moment repart sans difficulté. Mais quelques situations peuvent compromettre la reprise.
Aucun rejet après deux mois malgré des températures douces et un arrosage adapté peut signaler une maladie racinaire préexistante, une verticilliose ou une pourriture des racines, qui empêche les nutriments de circuler vers les bourgeons latents. Grattez légèrement l'écorce d'une grosse branche avec votre ongle : si vous voyez du vert ou du blanc en dessous, les tissus sont vivants. Si vous trouvez du brun ou du noir, cette partie est morte.
Des rejets qui brunissent et meurent rapidement après leur apparition peuvent indiquer un stress hydrique intense, un gel tardif ou une attaque de verticilliose. Vérifiez l'arrosage, protégez-le si un gel est annoncé, et traitez préventivement contre les champignons.
Une fuite de sève importante ou une gomme brunâtre qui suinte des plaies de taille peut signaler une infection bactérienne ou fongique. Nettoyez les plaies, réappliquez du mastic cicatrisant et traitez à la bouillie bordelaise.
Si vous avez d'autres arbres dans votre jardin et que vous souhaitez en apprendre davantage sur les tailles et les moments opportuns pour intervenir, notre article sur le meilleur moment pour tailler la haie vous donnera des repères utiles sur les cycles végétatifs et la logique des périodes de taille.
Ce que j'aime particulièrement dans l'olivier, c'est cette combinaison de robustesse et d'élégance. Il n'y a pas beaucoup d'arbres qui vous permettent de les tailler aussi radicalement et qui vous répondent avec autant de générosité. La taille sévère n'est pas une agression pour l'olivier : c'est un signal, une invitation à se renouveler, à repartir, à reconstruire plus compact et plus fort.
Quand je regarde notre olivier aujourd'hui, avec sa couronne retrouvée et ses petites olives vertes qui commencent à se former, je pense à tout ce que les arbres peuvent enseigner sur la résilience. Taillés, ils reviennent. Brûlés parfois, ils reviennent encore. Il y a dans cette capacité à renaître quelque chose qui me touche profondément, quelque chose qui ressemble à ce que j'aime dans les fleurs qui durent : la beauté n'est pas dans l'intangible, elle est dans la capacité à traverser et à rester.
Oui, mais pas immédiatement. Après une taille radicale, la production d'olives est interrompue pendant une à deux saisons le temps que l'arbre reconstitue ses charpentières et ses rameaux fructifères. À partir de la troisième année environ, la production reprend progressivement et retrouve son niveau normal dès la cinquième ou sixième année. Les oléiculteurs utilisent d'ailleurs la taille de rajeunissement sur les vieux arbres épuisés précisément pour relancer leur production.
Oui, et c'est parfois nécessaire quand un olivier en pot a pris trop de développement pour son espace. La même logique s'applique : taillez au printemps, gardez quelques feuilles, protégez les plaies et arrosez régulièrement. Un olivier en pot supporte une taille sévère aussi bien qu'en pleine terre, à condition de ne pas le stresser simultanément avec un rempotage. Attendez que les rejets soient bien établis avant de rempoter si les deux interventions sont nécessaires.
Non, et c'est même fortement déconseillé. Les racines sont le moteur de la reprise : elles stockent les réserves et alimentent les bourgeons latents. Stresser simultanément la partie aérienne et le système racinaire compromettrait sérieusement la reprise. Si vous devez rempoter ou intervenir sur les racines, faites-le à un autre moment, idéalement au printemps suivant quand l'arbre s'est bien remis de la taille.
Si les grosses branches charpentières ont été coupées mais que le tronc est intact et sain, l'olivier devrait s'en remettre. Grattez le tronc avec votre ongle : si vous voyez du vert juste sous l'écorce, les tissus sont vivants. Attendez patiemment les premières pousses, arrosez régulièrement, et ne fertilisez pas avant deux mois. Si le tronc était en bonne santé avant la taille, les chances de reprise sont très élevées.
Avec prudence. Un jeune olivier n'a pas encore le système racinaire développé d'un arbre adulte et ses réserves sont moins importantes. Une taille de mise en forme légère à modérée est tout à fait adaptée dès la deuxième ou troisième année pour construire une belle charpente. En revanche, une taille très sévère, qui supprime plus de 40 % de la masse foliaire, est risquée sur un jeune arbre non encore établi. Attendez que l'arbre soit bien installé depuis au moins quatre à cinq ans avant toute intervention radicale.
Paradoxalement, oui, sur le long terme. Un olivier taillé régulièrement, y compris sévèrement de temps en temps, développe des branches plus solides, une structure plus aérée et un feuillage plus dense. Cette aération réduit les dommages liés au gel en limitant l'accumulation d'humidité froide dans la couronne. De plus, les nouvelles pousses qui émergent après une taille sévère sont souvent plus vigoureuses et plus résistantes que les vieilles branches fatiguées qu'elles remplacent.