Aucun produit dans le panier
Après la tempête Austen, le bon réflexe n'est pas de sortir la tronçonneuse. Sécurisez d'abord le jardin sans approcher aucun câble, puis photographiez tous les dégâts avant de déblayer et déclarez le sinistre à votre assureur sous 5 jours ouvrés. Seulement après, triez ce que vous pouvez sauver vous-même et ce qu'il faut confier à un élagueur.
Ce vendredi 23 octobre, Austen a soufflé jusqu'à 161 km/h en Bretagne et privé 148 500 foyers d'électricité. Trois personnes ont été électrisées, et du Finistère aux Hauts-de-France, les arbres encore couverts de feuilles ont offert au vent une prise énorme.
J'avais quinze ans quand la tempête Klaus a couché le grand pin du jardin de mes parents, près de Bordeaux, en janvier 2009. Je me souviens surtout du lendemain matin : tout le monde voulait tout ranger tout de suite, et c'est précisément là qu'on commet les erreurs les plus coûteuses.
Voici l'ordre que je suis désormais, pour la sécurité, les arbres, l'assurance et les voisins. Comme un nouveau coup de vent est déjà annoncé pour dimanche, je vous donne aussi les gestes à faire avant ce week-end.
La réponse tient en un mot : les feuilles. Fin octobre, chênes, bouleaux, tilleuls et fruitiers ont encore presque tout leur feuillage, et chaque feuille agit comme une petite voile. Le même vent en janvier, sur des branches nues, aurait fait beaucoup moins de casse.
Le sol a aussi joué contre vos arbres. Avec les pluies qui ont accompagné Austen sur l'ouest, la terre gorgée d'eau tient moins bien les racines, et un arbre peu enraciné bascule alors avec toute sa motte, comme une assiette qu'on soulève.
Pour vous situer, voici ce que ces vitesses représentent pour un jardin, sur l'échelle de Beaufort qu'utilisent les marins et les météorologues.
161km/h
La rafale la plus forte relevée en Bretagne pendant Austen, soit 61 km/h au-dessus du seuil où la plupart des assureurs parlent de tempête.
Repères de l'échelle de Beaufort. Rafales d'Austen : Météo Paris, Selectra, France 3 Bretagne.
Ces chiffres expliquent la casse. Reste à savoir par où commencer quand on découvre son jardin le lendemain.
Le premier tour du jardin se fait de jour et les mains vides. Vous regardez, vous photographiez, vous balisez, mais vous ne coupez rien et vous ne tirez sur aucune branche.
Voici l'ordre que je vous conseille :
Ce matin, la mère d'Edgard nous a envoyé depuis Morlaix la photo de son bouleau couché en travers de la clôture, une branche posée sur le câble du voisin. Son premier réflexe a été de vouloir la dégager avec un râteau : c'est exactement le geste à ne jamais faire.
Une branche sur un câble ? Le cercle à ne pas franchir
5 m
C'est la distance minimale à garder autour d'un câble tombé ou d'un arbre posé sur une ligne. N'y touchez pas, même avec un manche en bois.
Dépannage Enedis, jour et nuit
09 72 67 50 + 2 chiffres
Les deux derniers chiffres sont ceux de votre département. Finistère : 09 72 67 50 29. Manche : 09 72 67 50 50. Seine-Maritime : 09 72 67 50 76.
Une fois le jardin sécurisé, vient la question qui serre le cœur : cet arbre-là, peut-on encore le sauver ?
Oui, souvent, mais tout dépend du diamètre du tronc. Un jeune arbre de moins de 10 cm de diamètre (environ 30 cm de tour) se redresse et reprend très bien, alors qu'un sujet plus gros, une fois relevé, a tendance à retomber à la tempête suivante.
Pour redresser un jeune arbre, dégagez la motte, remettez-le droit doucement et rebouchez avec une terre bien tassée. Fixez-le ensuite avec trois sangles larges reliées à des piquets, jamais avec du fil de fer directement sur l'écorce, et laissez ce haubanage en place un an.
Pour les grands arbres, regardez la couronne. Un arbre qui a perdu moins de 30 % de sa ramure se referme généralement bien, alors qu'un tronc fendu sur sa longueur ou une large plaque d'écorce arrachée signent presque toujours un abattage.
Sauver ou abattre : lisez votre arbre en quatre points
Couronne, branches, tronc, racines : chaque partie raconte ce que la tempête a vraiment abîmé.
Seuil à retenir
10 cm
de diamètre de tronc. En dessous, un arbre couché se redresse et reprend. Au-dessus, il retombe souvent à la tempête suivante.
Pour les feuillus, ne jugez pas trop vite. Un arbre qui semble mal en point peut débourrer normalement au printemps, et c'est en avril ou en mai que vous saurez vraiment s'il repart. Les conifères sont moins indulgents : une tête cassée sur un pin ou un sapin ne se reforme jamais vraiment.
Certains vieux sujets sont aussi protégés par le plan local d'urbanisme. Avant d'abattre un arbre centenaire, une autorisation de la mairie peut être exigée, même après une tempête.
🌹 Notre avis en une phrase : un jeune arbre couché mérite presque toujours une seconde chance, alors qu'un gros arbre penché au-dessus de la maison n'en mérite aucune tant qu'un élagueur ne l'a pas examiné.
Le cas le plus fréquent, pourtant, ce ne sont pas les arbres déracinés, mais les branches arrachées.
Une branche arrachée laisse une plaie déchiquetée qui pourrit si on la laisse telle quelle. Il faut la recouper proprement, juste au ras du col, ce petit bourrelet à la base de la branche, sans jamais l'entamer : c'est lui qui va refermer la blessure.
Sur une branche dépassant 5 cm d'épaisseur, procédez en trois coupes. Vous évitez ainsi que son propre poids arrache l'écorce du tronc au moment où elle tombe.
La coupe en trois temps
Pour une branche cassée dépassant 5 cm d'épaisseur, vue de profil.
Pas de mastic cicatrisant : il garde l'humidité contre la plaie. Une coupe nette laissée à l'air se referme mieux.
Et surtout, rangez le mastic cicatrisant. Ces produits retiennent l'humidité contre la plaie et favorisent les champignons, alors qu'une coupe nette laissée à l'air se referme mieux toute seule.
Les branches cassées restées accrochées en hauteur se traitent seulement depuis le sol, avec un élagueur sur perche ou une scie télescopique. Dès qu'il faut monter, la tâche revient à un professionnel.
Ma règle pour cette taille de rattrapage : ne jamais retirer au-delà d'un cinquième de la ramure vivante. L'arbre a déjà perdu beaucoup de réserves avec la tempête, et il a besoin de ce qui lui reste pour passer l'hiver.
Un tronc tombé n'est pas un tronc au repos. Il est comprimé d'un côté et tendu de l'autre, et au moment où la chaîne libère ces tensions, le bois peut fouetter ou pincer le guide.
Il y a trois ans, après la tempête Ciarán, Edgard a voulu débiter un cerisier déraciné chez ses parents en commençant par le pied. À la première coupe, la galette de racines s'est redressée d'un coup, avec la souche et la terre, à cinquante centimètres de ses jambes.
Les professionnels font l'inverse : on ébranche d'abord, on coupe le tronc depuis la cime, le plus loin possible des racines, et on garde la souche pour la fin. Si le tronc dépasse 30 cm de diamètre ou repose sur un autre arbre, posez la tronçonneuse et appelez un élagueur.
Le coût fait souvent hésiter, mais il existe des pistes pour faire abattre un arbre gratuitement, notamment en laissant le bois à l'entreprise. Dans tous les cas, vos jambes valent bien un devis.
Une fois le jardin sûr et les arbres triés, place à la paperasse, et le calendrier est serré.
Les dégâts du vent relèvent de la garantie tempête, obligatoirement incluse dans votre assurance multirisque habitation. Elle joue en général pour des rafales dépassant 100 km/h à la station météo la plus proche, ou quand des bâtiments voisins ont subi le même type de dégâts.
Le délai, lui, ne pardonne pas : vous avez 5 jours ouvrés à compter du moment où vous découvrez les dégâts. Si vous les constatez ce vendredi 23 octobre, vous avez jusqu'au vendredi 30 octobre inclus.
Sinistre tempête : le dossier à boucler
Dégâts découverts ce vendredi 23 octobre : dernier jour pour déclarer, le vendredi 30.
Le délai court à partir du jour de la découverte. Des dégâts découverts lundi 26 sont donc à déclarer avant le lundi 2 novembre.
Pour prouver la force du vent chez vous, Météo-France délivre un certificat d'intempéries payant, à commander en ligne. Votre assureur s'appuie souvent sur ses propres relevés, mais ce document tranche un désaccord, surtout quand la station de référence est éloignée.
Voici la nuance qu'on oublie souvent de vous dire au téléphone : dans la majorité des contrats, les arbres et les plantations sont exclus. Clôtures, portails et abris de jardin le sont souvent aussi, sauf option jardin à vérifier dans vos conditions particulières.
Votre assurance paiera donc la toiture abîmée par la branche, mais pas le remplacement du magnolia lui-même. Certains contrats prévoient tout de même des frais de déblaiement quand l'arbre a endommagé un bâtiment assuré : cherchez la rubrique des frais annexes, et revoyez au passage les points à vérifier sur une assurance habitation.
Et quand l'arbre tombé n'est pas le vôtre, la question devient encore plus délicate.
C'est contre-intuitif, mais si l'arbre du voisin était sain, c'est votre propre assurance qui vous indemnise. Une tempête est considérée comme un cas de force majeure, et votre voisin n'a commis aucune faute.
Tout change si l'arbre était mort, malade ou déjà penché. Champignons au pied, branches sèches jamais élaguées, courrier où vous signaliez le danger : sa responsabilité peut alors être engagée au titre de l'article 1242 du Code civil, mais c'est à vous de le prouver.
Arbre tombé : qui paie quoi ?
Les cas les plus fréquents après une tempête comme Austen.
| Ce qui est tombé, et où | Qui vous indemnise |
|---|---|
| L'arbre sain du voisin, sur votre maison | Votre assurance habitation, au titre de la garantie tempête : c'est un cas de force majeure. |
| L'arbre mort ou malade du voisin, sur votre maison | L'assurance de votre voisin, si vous prouvez le défaut d'entretien. |
| Votre arbre, sur la maison du voisin | Son assurance pour ses biens, et vous pour l'évacuation du tronc. |
| Un arbre, sur une ligne électrique | Enedis répare le réseau. Le propriétaire de l'arbre peut être mis en cause s'il l'a planté après la ligne. |
| Un arbre, sur vos massifs ou votre pelouse | En général, personne : arbres et plantations sont exclus de la plupart des contrats. |
Règles générales. Vos conditions particulières priment : relisez-les avant d'appeler votre assureur.
L'évacuation du tronc revient en principe au propriétaire de l'arbre, pas à votre assureur. Le plus simple reste de vous parler entre voisins dès le lendemain, photos à l'appui, avant que chacun n'appelle sa compagnie.
C'est aussi le bon moment pour vérifier les distances de plantation : un arbre dépassant 2 mètres de haut doit se trouver à 2 mètres au moins de la limite. Si un grand sujet vous inquiète, les règles sur l'arbre très haut d'un voisin vous aideront à demander un élagage dans les formes.
Reste maintenant ce tas de branches au milieu de la pelouse.
Ne les brûlez surtout pas : le brûlage des déchets verts à l'air libre est interdit aux particuliers, et l'amende peut atteindre 450 €. Il y a bien mieux à faire avec ce bois.
Voici comment je répartis tout ce que le vent a fait tomber :
Si vous avez beaucoup de bois, comparez avec le prix d'un stère : un gros chêne couché représente parfois plusieurs hivers de chauffage. Et si vous laissez un tas au fond du jardin, guettez au printemps les petites crottes noires du hérisson, signe qu'il y a trouvé refuge.
Mais avant de penser au bois de l'hiver prochain, il y a plus urgent : le coup de vent de dimanche.
Un jardin déjà secoué est plus fragile qu'avant Austen. Les branches fêlées, les arbres dont la motte a bougé et les objets déplacés deviennent autant de projectiles pour la prochaine rafale.
Ma liste pour ce samedi :
Avant de vous y mettre, prenez une minute pour faire le point arbre par arbre : ce petit outil vous dit, en quelques clics, s'il faut agir vous-même ou appeler un professionnel.
Le diagnostic de l'arbre abîmé
Quatre questions, et vous saurez si vous pouvez agir vous-même ou s'il faut appeler quelqu'un.
Mon verdict
…
Le grand pin de mes parents n'a pas survécu à Klaus. À sa place, mon père a planté un chêne vert qui dépasse aujourd'hui six mètres de haut, et chaque fois que je le vois, je repense à ce matin de janvier où tout semblait perdu.
Un jardin se relève toujours plus vite qu'on ne le croit, à condition de ne rien précipiter. Sécurisez, photographiez, triez, puis laissez faire le printemps : c'est lui qui vous dira quels arbres repartent, et quelle place libérée accueillera le suivant.
Quant aux haies malmenées, attendez la fin de l'hiver pour les reprendre en main. C'est un bien meilleur moment pour tailler une haie que ces jours-ci, où elle a déjà assez souffert du vent.
C'est votre assurance auto, à condition d'avoir une garantie événements climatiques ou tempête, présente dans la plupart des formules intermédiaires et tous risques. Avec une simple assurance au tiers, les dégâts restent à votre charge, sauf si l'arbre était mal entretenu par son propriétaire et que vous pouvez le prouver.
Oui, dès que la coupure dépasse 5 heures. Enedis verse automatiquement, via votre fournisseur, 2 € HT par kVA de puissance souscrite et par tranche de 5 heures, soit 12 € HT par tranche pour un compteur de 6 kVA. Les aliments perdus dans le congélateur relèvent de votre assurance habitation, si votre contrat couvre la perte de denrées.
Dans un jardin privé ordinaire, non. Une déclaration préalable en mairie est en revanche exigée si votre terrain est en espace boisé classé, si l'arbre est protégé par le plan local d'urbanisme ou s'il se trouve près d'un monument historique. Un appel au service urbanisme de votre mairie suffit pour le savoir.
La taille et l'élagage courants sont à votre charge, mais l'abattage et l'évacuation d'un arbre couché par une tempête reviennent au propriétaire du logement. Prévenez-le par écrit, photos à l'appui, et déclarez aussi le sinistre à votre propre assureur pour vos biens abîmés.
Regardez le pied de l'arbre, du côté opposé au vent : une terre fissurée, un sol soulevé en bourrelet ou des racines qui affleurent signalent que la motte a bougé. Si l'arbre penche davantage qu'avant la tempête, ou si le sol se soulève quand le vent souffle, éloignez-vous et faites-le examiner par un élagueur.
Appelez le 18 ou le 112 si l'arbre bloque la circulation ou menace quelqu'un, sinon la mairie, qui gère la voirie communale. Si l'arbre vient de votre jardin, c'est à vous de le faire évacuer, et votre responsabilité peut être engagée en cas d'accident s'il était mal entretenu.