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Bouturer le laurier rose est l'une des multiplications végétales les plus accessibles qui soit. La méthode dans l'eau est particulièrement simple et spectaculaire : en trois à six semaines, des racines blanches émergent directement depuis la tige plongée dans un simple verre d'eau. Pas de substrat, pas de produits spéciaux, pas de matériel compliqué. Juste de l'eau, de la lumière et un peu de patience. C'est une façon formidable de multiplier ses lauriers roses gratuitement, d'offrir de jeunes plants à des amis ou de renouveler des arbustes vieillis. Voici tout ce qu'il faut savoir pour réussir à tous les coups.
Je bouture mes lauriers roses depuis trois ans maintenant. La première fois, c'était presque par accident : une tige tombée pendant la taille que j'avais plongée dans un vase en me disant "et pourquoi pas". Deux semaines plus tard, des racines. Depuis, j'ai multiplié notre collection et offert des dizaines de jeunes plants à des voisins et à des amies. C'est l'une des joies du jardin que je préfère.
La bouture dans l'eau présente plusieurs avantages par rapport à la bouture en substrat.
La visibilité est le premier atout : vous observez directement le développement des racines sans avoir à manipuler la plante ou à deviner si quelque chose se passe sous la surface. Cette fenêtre sur le processus est motivante et permet d'agir au bon moment, c'est-à-dire quand les racines sont suffisamment développées pour le rempotage.
La simplicité est le deuxième : pas besoin d'acheter de substrat spécial, de préparer un mélange drainant ou de gérer l'arrosage d'un pot. L'eau fait tout.
Le taux de réussite est excellent sur le laurier rose, une espèce naturellement très apte à l'enracinement : avec des boutures bien prélevées au bon moment, vous pouvez espérer 70 à 90 % de succès.
Le coût est nul : les tiges sont prélevées sur votre propre plante lors de la taille estivale. C'est la multiplication la plus économique qui soit.
Le timing est le premier facteur de réussite. Une bouture prélevée au mauvais moment a beaucoup moins de chances de s'enraciner, même si tout le reste est parfaitement réalisé.
L'été est la saison idéale pour bouturer le laurier rose, et plus précisément entre juin et août. À cette période, les tiges de l'année sont suffisamment aoûtées pour avoir la solidité nécessaire à l'enracinement, mais encore assez jeunes et actives pour produire des racines rapidement.
Les températures chaudes de l'été accélèrent considérablement le processus : là où une bouture de printemps peut mettre six à huit semaines à s'enraciner, une bouture d'été peut produire ses premières racines en deux à trois semaines seulement.
La taille estivale de votre laurier rose, que vous réalisez normalement entre mi-août et septembre pour supprimer les tiges fanées et stimuler la floraison, est une occasion parfaite pour récupérer du matériel de bouturage. Vous taillez, vous bouturez : deux opérations en une.
En avril-mai, les nouvelles pousses sont encore très tendres et fragiles. Elles ont tendance à pourrir dans l'eau avant d'avoir le temps de s'enraciner. Si vous tentez la bouture à cette période, choisissez des tiges un peu plus matures que les pousses de l'année et raccourcissez le temps d'immersion en rempotant dès les premières racines visibles.
En automne, le laurier rose entre progressivement en repos végétatif et ses tiges n'ont plus l'énergie nécessaire pour produire des racines rapidement. Les boutures prises en octobre ou novembre mettent des mois à s'enraciner, si elles y arrivent, et le risque de pourriture est élevé par les températures fraîches. En hiver, la bouture dans l'eau est quasiment impossible en conditions ordinaires.
La qualité du matériel de bouturage est déterminante. Toutes les tiges ne se valent pas.
Choisissez des tiges semi-aoûtées, c'est-à-dire des tiges de l'année qui ont commencé à se lignifier légèrement à leur base sans être encore entièrement ligneuses. Une tige trop verte et tendre pourrira facilement dans l'eau. Une tige trop ligneuse s'enracinera lentement.
La tige idéale est droite ou légèrement courbée, d'une longueur de 10 à 15 cm, avec deux à trois nœuds (les points d'attache des feuilles). Elle doit être saine, sans traces de maladie, sans taches suspectes, sans infestations de cochenilles ou de pucerons.
Évitez les tiges qui portaient des fleurs : elles ont épuisé une partie de leur énergie dans la production florale et s'enracinent moins bien que les tiges végétatives.
Utilisez un sécateur bien affûté et désinfecté à l'alcool à 70° pour prélever vos boutures. Une coupe nette est essentielle : une coupe écrasée favorise la pourriture à la base de la tige.

Coupez une tige de 10 à 15 cm juste en dessous d'un nœud, avec un angle d'environ 45°. La coupe en biais augmente la surface de contact avec l'eau et facilite l'émergence des racines.
Supprimez toutes les feuilles de la moitié inférieure de la tige, en laissant deux à quatre feuilles en haut. Les feuilles plongées dans l'eau pourrissent rapidement et contaminent l'eau. Conservez seulement les feuilles hautes qui continuent à produire l'énergie nécessaire à l'enracinement par photosynthèse.
Si les feuilles restantes sont grandes, coupez-les en deux pour réduire l'évapotranspiration et limiter le stress hydrique de la bouture qui n'a pas encore de racines.
C'est une étape que je répète à chaque fois que j'évoque le laurier rose : portez des gants pour toutes les manipulations. Le suc du laurier rose, présent dans la sève blanche qui coule des tiges fraîchement coupées, est hautement toxique. Ne portez pas les mains à votre visage ou à votre bouche pendant la manipulation. Lavez-vous soigneusement les mains après.
Choisissez un verre, un bocal ou une carafe transparente qui vous permettra d'observer le développement des racines. La transparence n'est pas indispensable mais elle est pratique.
Remplissez avec de l'eau non chlorée de préférence : eau de pluie, eau filtrée ou eau du robinet laissée 24 heures dans un récipient ouvert pour que le chlore s'évapore. Le chlore n'est pas fatal aux racines mais peut ralentir légèrement l'enracinement.
Le niveau d'eau doit être suffisant pour immerger les 3 à 4 cm inférieurs de la tige, avec les nœuds submergés d'où vont émerger les racines, mais sans que les feuilles restantes trempent.
Vous pouvez ajouter dans l'eau un morceau de saule (branche, feuille ou écorce) : le saule contient naturellement de l'acide indolebutyrique, un composé qui stimule la formation des racines. Faites tremper quelques fragments de saule dans l'eau 24 heures avant d'y plonger vos boutures. Cette astuce de jardiniers anciens a été validée par la recherche botanique et fonctionne vraiment.
Autre option : une petite quantité d'eau de trempage de lentilles (l'eau dans laquelle ont trempé des lentilles avant cuisson) apporte des hormones naturelles qui stimulent également l'enracinement.
Placez votre récipient dans un endroit lumineux mais sans soleil direct : une fenêtre exposée à l'est ou au nord, ou en retrait d'une fenêtre sud. Le soleil direct réchauffe l'eau et favorise le développement d'algues et de bactéries qui peuvent pourrir la base de la tige.
La température ambiante idéale est entre 20 et 25 °C. Des températures trop basses ralentissent le processus. Des températures trop élevées combinées à la chaleur accélèrent le pourrissement.
Changez l'eau tous les trois à quatre jours pour éviter la stagnation, le développement de bactéries et la décomposition à la base des tiges. À chaque changement d'eau, inspectez rapidement les bases des tiges : si vous observez une coloration brune molle, retirez la tige concernée immédiatement pour éviter la contamination des autres.
Si des feuilles tombent dans l'eau, retirez-les aussitôt.
Il n'est pas nécessaire d'alimenter l'eau en engrais : les feuilles restantes et les réserves de la tige suffisent pour l'enracinement initial.
C'est la question que tout le monde se pose : à quel stade de développement des racines faut-il transplanter la bouture en substrat ?
Attendez que les racines atteignent 3 à 5 cm de longueur avant de rempoter. Des racines trop courtes (moins de 2 cm) s'adaptent difficilement au substrat et risquent de mourir lors du transfert. Des racines trop longues (plus de 8 à 10 cm) sont fragiles, difficiles à démêler sans les casser et s'adaptent moins bien que des racines jeunes.
Le moment optimal est quand vous voyez plusieurs racines bien développées sur différents points d'insertion : c'est le signe que la bouture a constitué un système racinaire équilibré prêt à prendre dans le substrat.
Préparez un substrat léger et drainant : deux tiers de terreau universel et un tiers de perlite ou de sable grossier. Ce mélange est bien drainé et aéré, ce qui correspond aux besoins des jeunes racines qui ne supportent pas la stagnation d'eau.
Faites un trou dans le substrat avant d'y insérer délicatement la bouture plutôt que d'enfoncer la tige directement : vous éviterez de casser les jeunes racines fragiles. Tassez légèrement autour de la tige pour maintenir le contact avec le substrat.
Arrosez immédiatement et généreusement pour tasser le substrat et bien l'humidifier. Placez le pot dans un endroit à mi-ombre pendant les deux premières semaines : les jeunes racines ont besoin de temps pour s'adapter à leur nouveau milieu et une exposition trop ensoleillée stresserait la plante avant que son système racinaire soit établi.
Pourriture à la base de la tige : trop de feuilles laissées dans la partie immergée, eau trop chaude, eau changée insuffisamment fréquemment. Retirez toutes les feuilles sous le niveau de l'eau et changez l'eau plus régulièrement.
Feuilles qui jaunissent et tombent : c'est une réaction de stress normale pendant les premières semaines. Tant que la tige reste ferme et verte, ne vous inquiétez pas. Si les feuilles tombent toutes et que la tige commence à ramollir, la bouture est perdue.
Aucune racine après quatre semaines : vérifiez la température (trop basse ?), la lumière (trop peu ?) et la fraîcheur de l'eau. Changez l'eau et grattez très légèrement la base de la tige avec un couteau propre pour stimuler l'émergence des racines.
Algues dans le récipient : exposition trop lumineuse ou eau changée trop rarement. Changez de récipient, nettoyez-le à l'eau et au savon, et choisissez un emplacement moins exposé.
Ce que j'aime particulièrement dans la bouture de laurier rose dans l'eau, c'est la façon dont elle se prête au partage. Une bouture en cours d'enracinement dans un joli bocal avec un ruban, accompagnée d'un mot sur la plante mère dont elle est issue et sur les soins à lui apporter : c'est l'un des cadeaux les plus personnels et les plus vivants que l'on puisse faire à un ami jardinier.
Il y a quelque chose d'émouvant dans l'idée de donner un morceau de son jardin à quelqu'un. La plante qu'il fera pousser portera un peu de chez vous, de votre terre, de votre soleil. Et comme les roses éternelles qui durent bien au-delà du geste initial, une bouture qui grandit et fleurit chez un ami est un cadeau qui continue longtemps après avoir été offert.
Si vous souhaitez en savoir plus sur l'entretien du laurier rose une fois planté, notre article sur quand et comment tailler les lauriers roses vous donnera toutes les clés pour maintenir votre plante en pleine santé. Et si vous êtes curieuse des maladies à surveiller, notre guide complet sur les maladies du laurier rose vous aidera à réagir au bon moment.
Techniquement oui, mais les résultats varient énormément selon la saison. L'été reste la saison de prédilection avec les meilleurs taux de réussite. Au printemps les résultats sont corrects. En automne et en hiver, le processus est très lent et le taux de pourriture élevé. Si vous devez bouturer en dehors de l'été, maintenez une température ambiante autour de 22 à 25 °C et placez le récipient sous une lampe horticole pour compenser le manque de lumière.
L'hormone de bouturage (AIB, acide indole-3-butyrique) en poudre ou en gel peut effectivement améliorer le taux d'enracinement et accélérer le processus. Trempez la base de la tige dans la poudre avant de la plonger dans l'eau. C'est une aide optionnelle, pas indispensable : le laurier rose s'enracine très bien sans hormone. Si vous avez beaucoup de boutures à faire et que vous voulez maximiser le taux de réussite, c'est un investissement utile (environ 5 à 10 € en jardinerie).
Vous pouvez mettre plusieurs boutures dans le même récipient si celui-ci est suffisamment large. Évitez de trop les serrer pour permettre à chaque tige d'émerger ses racines sans s'emmêler avec les autres. Trois à cinq boutures dans un vase de 20 cm de diamètre est une bonne proportion. Au-delà, les tiges se concurrencent et le changement d'eau est compliqué.
Oui, mais au-delà de deux à trois mois dans l'eau, les racines développent une adaptation à ce milieu aquatique et la transition vers le substrat devient plus difficile. Les racines aquatiques sont différentes des racines terrestres sur le plan physiologique. Rempotez dès que les racines atteignent 3 à 5 cm pour maximiser les chances d'adaptation.
Oui, c'est un stress de transition tout à fait normal. Le passage de l'eau au substrat est un changement important pour la plante. Quelques jours de jaunissement et de chute de feuilles sont attendus. Maintenez le substrat légèrement humide (pas détrempé), placez la plante à mi-ombre pendant deux semaines et attendez. Si après trois semaines de nouvelles feuilles vertes commencent à émerger, votre bouture est sauvée.
Rarement la première année. Une bouture bien enracinée et rempotée en été peut fleurir l'été suivant si elle a bénéficié de bonnes conditions de croissance (plein soleil, arrosage adapté, sol drainant). Dans la plupart des cas, comptez sur la deuxième ou la troisième année pour une floraison vraiment généreuse. La croissance des premières années est consacrée au développement racinaire et végétatif plutôt qu'à la floraison.