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Les étourneaux résidant en France commencent à migrer vers le sud à partir de septembre-octobre, avec un départ massif en novembre. Mais la réponse complète est un peu plus nuancée que ça : tous les étourneaux que vous voyez en France ne sont pas les mêmes. Certains y sont nés et partent hiverner plus au sud. D'autres arrivent d'Europe du Nord en automne et passent l'hiver chez nous avant de repartir au printemps. Ce double mouvement migratoire explique pourquoi on voit des étourneaux en France pratiquement toute l'année, et pourquoi les fameux murmurations, ces vols en nuages ondulants qui ont rendu l'oiseau célèbre, sont surtout visibles en automne et en hiver.
Je regarde les étourneaux depuis notre jardin bordelais avec une fascination que je n'aurais pas cru développer pour un oiseau aussi commun. C'est un soir d'octobre, en voyant un nuage de plusieurs milliers d'individus onduler au-dessus des vignes derrière la maison, que j'ai commencé à vouloir comprendre leur logique.

L'étourneau sansonnet (Sturnus vulgaris) est ce qu'on appelle un migrateur partiel. Contrairement aux hirondelles ou aux cigognes qui quittent l'Europe presque entièrement en hiver, les étourneaux ont des comportements migratoires très variables selon leur origine géographique.
Les étourneaux nichant en France sont en grande partie sédentaires ou migrateurs de courte distance. Ils peuvent rester sur place l'hiver, descendre vers l'Espagne ou le nord de l'Afrique, ou migrer vers les côtes atlantiques françaises plus clémentes. Leurs décisions dépendent des conditions climatiques de l'année, des ressources alimentaires disponibles et de leur âge (les jeunes individus migrent davantage que les adultes).
Les étourneaux nichant en Europe centrale et nordique (Scandinavie, Pologne, Allemagne, Pays-Bas) sont eux des migrateurs plus réguliers. Ces populations descendent vers le sud-ouest de l'Europe chaque automne et arrivent en France entre octobre et décembre pour y passer l'hiver. Ce sont eux qui grossissent massivement les effectifs hivernaux dans nos campagnes et dans les villes.
Au total, la France peut accueillir en hiver plusieurs dizaines de millions d'étourneaux, dont une partie est résidente et l'autre venue du nord. C'est ce mélange de populations qui donne aux dortoirs hivernaux leurs dimensions spectaculaires.

Dès la fin de l'été, les étourneaux commencent à se regrouper. Les familles qui se sont dispersées pendant la période de nidification (mai-juillet) se retrouvent en groupes croissants. Des rassemblements de plusieurs milliers d'individus sont visibles dès septembre dans les zones agricoles, les vignes et les vergers, où ils profitent des fruits mûrs avant le départ.
C'est aussi à cette période que les étourneaux deviennent particulièrement problématiques pour les viticulteurs et les arboriculteurs : un groupe de quelques milliers d'individus peut causer des dégâts considérables sur une vigne en quelques heures.
C'est la période de migration principale. Les étourneaux d'Europe du Nord traversent la France en direction du sud-ouest. Les dortoirs hivernaux commencent à se former, souvent dans les roselières, les bois de pins, les bosquets urbains ou les bâtiments publics (gares, supermarchés, parkings couverts). Les murmurations, ces vols collectifs synchronisés qui précèdent le posé au dortoir, sont particulièrement spectaculaires à cette période.
En Gironde, dans les Landes et dans tout le Sud-Ouest, novembre est le mois des grandes concentrations. Edgard sort parfois au crépuscule simplement pour regarder les dortoirs se former au-dessus des eucalyptus du bord de route. C'est l'un des spectacles naturels les plus impressionnants qui soit, et il est gratuit.
Les populations hivernantes sont installées. Les dortoirs peuvent être permanents et très denses pendant ces trois mois, avec des effectifs qui dépassent parfois le million d'individus sur un seul site. Les étourneaux quittent le dortoir à l'aube pour aller se nourrir dans les champs, les prairies et les zones urbaines dans un rayon de 20 à 40 km, puis reviennent en fin d'après-midi pour un nouveau murmuration avant de se poser pour la nuit.
À partir de mars, les populations nordiques reprennent la route vers leurs zones de reproduction en Europe centrale et nordique. Les effectifs diminuent progressivement dans les dortoirs jusqu'à leur dissolution complète en avril. Les étourneaux nicheurs en France, eux, s'installent dès mars dans leurs territoires de nidification, cherchent des cavités pour y installer leur nid et commencent les parades nuptiales.

C'est la question que tout le monde se pose en voyant un murmuration pour la première fois. La réponse tient à la fois à la sécurité individuelle et à la communication collective.
La protection contre les prédateurs est la première explication. En se regroupant en masses compactes et mouvantes, les étourneaux rendent la chasse difficile pour les faucons pèlerins et les éperviers : il est très difficile d'isoler un individu dans un groupe aussi dense et imprévisible. Le murmuration est une stratégie de survie collective où chaque oiseau ajuste en temps réel sa position par rapport à ses voisins immédiats, créant des ondulations qui désorientent les prédateurs.
La thermorégulation est la seconde raison : se regrouper à des milliers au dortoir permet de conserver la chaleur corporelle pendant les nuits froides d'hiver. Un dortoir d'un million d'étourneaux dans une roselière est sensiblement plus chaud qu'un dortoir de mille individus.
L'échange d'informations sur les ressources alimentaires est une troisième hypothèse sérieuse : les individus qui n'ont pas bien mangé dans la journée suivraient le lendemain matin les congénères mieux nourris vers de bonnes zones d'alimentation.

C'est une question qui divise. La réputation de l'étourneau est mauvaise, et pas entièrement injustifiée.
Dans les vignes et les vergers, les dégâts peuvent être considérables. Un groupe de quelques milliers d'étourneaux peut détruire en quelques heures une fraction significative d'une récolte de raisins ou de cerises mûres. Les viticulteurs du Bordelais, du Bergeracois et du Val de Loire le savent mieux que quiconque.
Dans les villes, les dortoirs urbains posent des problèmes de cohabitation réels : le bruit des dortoirs est assourdissant (mesures jusqu'à 70 dB), les fientes s'accumulent massivement sous les arbres et sur les bâtiments, créant des problèmes sanitaires et d'entretien.
Dans les écosystèmes, en revanche, l'étourneau joue un rôle bénéfique souvent oublié. Il consomme des quantités importantes de vers de terre, de larves d'insectes et de pucerons dans les prairies et les jardins. Un étourneau peut consommer jusqu'à plusieurs centaines d'insectes par jour en période d'élevage des poussins, ce qui en fait un auxiliaire précieux pour les agriculteurs et les jardiniers, au même titre que les larves de coccinelles pour la lutte contre les pucerons.
Si les étourneaux causent des dégâts dans votre potager, sur vos arbres fruitiers ou dans vos cultures, plusieurs méthodes de dissuasion existent. Aucune n'est parfaite, et leur efficacité dépend beaucoup du contexte.
Les filets de protection tendus sur les arbres fruitiers et les rangées de vignes sont la méthode la plus efficace mais aussi la plus contraignante à installer et à entretenir. Pour un jardin particulier avec quelques arbres fruitiers, c'est une solution réaliste. Pour un vignoble de plusieurs hectares, le coût devient significatif.
Les épouventails sonores (canon à gaz, cris de détresse enregistrés) sont efficaces à court terme mais les étourneaux s'habituent rapidement aux signaux répétitifs et les ignorent au bout de quelques jours. Pour maintenir l'effet, il faut varier les sons et les positions.
Les rapaces lâchés par des fauconniers constituent la méthode la plus efficace et la plus naturelle pour disperser un dortoir ou protéger une zone. Plusieurs vignobles et aéroports font appel à des fauconniers pour cette mission.
La végétation dissuasive : les étourneaux évitent de nicher et de se poser dans certaines plantes à feuillage ou branches à épines. Dans un jardin, favoriser des haies denses et variées perturbe leurs habitudes sans intervention active.
Il faut noter que l'étourneau sansonnet est une espèce protégée en France depuis 1981 dans le cadre de la directive oiseaux européenne. Sa destruction, sa capture ou la destruction de ses nids sont illégales sans dérogation préfectorale. Seules les méthodes de dissuasion sont légalement accessibles aux particuliers.
Si vous souhaitez observer un murmuration dans de bonnes conditions, voici quelques repères pratiques.
La période : de fin octobre à fin février, avec un pic en novembre-décembre. Les murmurations sont liés aux dortoirs hivernaux.
L'heure : dans les trente à soixante minutes avant le coucher du soleil. C'est le moment où les groupes en vol depuis les zones d'alimentation convergent vers le dortoir et commencent à se rassembler avant de se poser.
Les lieux : les grandes roselières (Camargue, Brière, marais de l'Ouest), les boisements de pins en zone agricole, certains parcs urbains et certains quartiers de grandes villes (Bordeaux, Toulouse, Nantes ont des dortoirs urbains importants certaines années).
La méthode : positionnez-vous avec le soleil dans le dos pour profiter de la lumière chaude du couchant sur les oiseaux, et attendez. Le spectacle peut durer trente minutes et attirer des centaines de personnes dans les sites connus.
Définitivement, non. Les étourneaux reviennent sur les mêmes dortoirs d'une année sur l'autre par fidélité au site. On peut dissuader leur installation en coupant les arbres ou en installant des dispositifs répulsifs dès l'automne, avant que le dortoir ne soit formé. Une fois le dortoir établi et les habitudes prises, le disperser demande des efforts soutenus et n'est jamais garanti.
Les fientes accumulées sur les façades, les toitures et les équipements peuvent être corrosives et endommager les matériaux sur le long terme. L'acide urique des fientes attaque certains métaux et pierres calcaires. Dans les dortoirs urbains importants, les dommages aux bâtiments peuvent nécessiter un nettoyage régulier et coûteux.
Contactez un centre de soins pour animaux sauvages (CSFA) de votre région ou la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) qui vous orientera vers le centre le plus proche. N'essayez pas de le nourrir ni de le garder chez vous : les soins aux oiseaux sauvages nécessitent des compétences spécifiques. Placez-le dans une boîte ajourée, au calme, au chaud, sans bruit, le temps de le déposer en centre de soins.
Oui, et c'est l'une de ses particularités les plus fascinantes. L'étourneau est un mimétiste remarquable qui peut imiter les chants de dizaines d'autres espèces, mais aussi des sons artificiels : sonneries de téléphone, bruits de voiture, sifflements humains. Les mâles intègrent des imitations dans leur chant pour impressionner les femelles. Plus le répertoire est étendu, plus le mâle est attractif.
Oui, avec une grande fidélité au site. Les adultes qui ont niché avec succès dans une cavité (arbre creux, trou dans un mur, nichoir) reviennent l'année suivante dans la même cavité ou dans une cavité très proche. C'est cette fidélité qui explique pourquoi les nuisances liées à un dortoir ou à une colonie nicheuse ont tendance à se reproduire d'une année sur l'autre si rien ne change dans l'environnement.
Oui, avec beaucoup d'appétit. Les cerises, les groseilles, les mûres, les framboises et les raisins font partie de leurs aliments préférés en fin d'été et en automne. Pour protéger vos fruits sans vous battre contre eux, des filets posés quelques semaines avant la maturité des fruits restent la solution la plus efficace et la moins conflictuelle.