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Un trou dans le jardin sans monticule de terre autour, c'est un indice qui rétrécit considérablement le nombre de suspects. La taupe, par exemple, laisse toujours un monticule caractéristique. Le campagnol aussi. Un trou propre, sans amas de terre rejeté sur le côté, oriente immédiatement vers d'autres animaux : le renard, le blaireau, les fourmis, les guêpes, les vers de terre, les courtilières, certains oiseaux ou encore les lapins selon la taille et la forme de l'ouverture. Identifier correctement l'auteur change tout à la façon d'intervenir, ou de ne pas intervenir du tout, car certains de ces creuseurs sont de précieux alliés du jardinier.
J'ai trouvé ce genre de trou mystérieux dans notre pelouse bordelaise un matin de septembre. Edgard avait commencé par accuser les chats du quartier, puis les enfants des voisins. Il avait tort sur les deux tableaux. L'enquête s'est avérée beaucoup plus intéressante. Voici le guide complet pour identifier l'animal responsable de vos trous, selon leurs caractéristiques précises.

Avant tout, comprenons pourquoi ce détail change tout. Un monticule de terre autour d'un trou indique que l'animal a creusé depuis l'intérieur en rejetant la terre vers l'extérieur, comme la taupe qui pousse la terre en surface depuis ses galeries souterraines. C'est le signe d'une galerie profonde, d'un terrier permanent ou d'un réseau souterrain actif.
Un trou sans monticule, au contraire, indique soit que l'animal a creusé depuis la surface vers le bas en excavant peu de terre, soit qu'il a utilisé un passage existant, soit que la terre a été tassée ou dispersée plutôt que rejetée en masse. Ce type de trou suggère une recherche de nourriture en surface, un accès à un nid souterrain peu profond, ou le passage d'un animal de petite taille.

Si vous trouvez un ou plusieurs trous ronds d'environ 2 à 3 cm de diamètre dans votre pelouse ou dans un talus, avec un va-et-vient visible d'insectes autour de l'ouverture, les guêpes terrestres sont très probablement en cause. Plusieurs espèces de guêpes et de bourdons construisent leurs nids en sous-sol, en utilisant des cavités existantes ou en creusant elles-mêmes de petites galeries peu profondes.
Le sol autour de l'entrée est souvent légèrement tassé et propre, sans terre rejetée, car les insectes ont simplement élargi un passage existant ou compacté les parois de leur tunnel. Le trou présente généralement une forme régulière et nette.
Comment confirmer : observez l'entrée en fin d'après-midi, quand les ouvrières rentrent au nid. Si vous voyez des guêpes ou des bourdons entrer et sortir, vous avez votre réponse.
Que faire : si le nid est loin des zones de passage et que personne n'est allergique dans votre entourage, la tolérance est la meilleure option. Les guêpes sont d'excellents prédateurs d'insectes ravageurs et participent à la pollinisation. Le nid disparaîtra naturellement en automne avec les premières gelées. Si le nid est à un endroit problématique, un traitement au soir tombé, quand toutes les ouvrières sont rentrées, avec un insecticide spécifique nids de guêpes est nécessaire.

Les fourmis creusent des entrées de fourmilière qui ressemblent à de petits trous de 3 à 8 mm de diamètre, souvent multiples et regroupés en réseau. La particularité est qu'il y a souvent un très léger anneau de terre fine ou de sable autour de chaque ouverture, mais si léger qu'on peut facilement le confondre avec un trou sans monticule.
En cas de fourmilière bien établie dans une pelouse, vous pouvez observer une zone légèrement surélevée et sèche autour des entrées, avec une herbe moins dense car les racines ont été sectionnées par les galeries. Les fourmis rousses des bois construisent des fourmilières visibles, mais les fourmis noires des jardins (Lasius niger) creusent des entrées beaucoup plus discrètes sous des pierres ou directement dans le sol.
Les fourmis sont généralement inoffensives dans un jardin et même bénéfiques : elles aèrent le sol, participent à la décomposition et régulent d'autres populations d'insectes. Leur présence ne nécessite pas forcément une intervention, à moins qu'elles ne s'installent dans des zones problématiques comme le potager ou sous les fondations.
Le ver de terre laisse des ouvertures très petites, de 3 à 8 mm maximum, souvent entourées de ses déjections caractéristiques : ces petits tortillons de terre brunâtre et humide que l'on appelle turricules ou castings. Si vous observez des turricules à la surface de votre pelouse, vous avez des vers de terre actifs, ce qui est une excellente nouvelle pour la santé de votre sol.
Les trous eux-mêmes sont trop petits pour être des "trous" au sens ordinaire du terme, mais par temps de pluie ou d'humidité importante, on peut observer de petites dépressions et ouvertures à la surface liées à leur activité. Ce n'est pas un problème à traiter : les vers de terre sont les meilleurs alliés d'un sol vivant.
Le hérisson ne creuse pas de terrier à proprement parler, mais il fouille la terre dans les massifs, sous les feuilles mortes et dans les zones de végétation dense pour trouver des vers de terre, des limaces, des insectes et des larves. Il laisse des marques de fouille caractéristiques : des petits creux irréguliers de 3 à 8 cm de diamètre, peu profonds, souvent en série dans un massif ou le long d'une bordure.
La particularité des fouilles de hérisson est leur irrégularité : contrairement aux trous de guêpes ou de rongeurs qui sont ronds et nets, les traces de hérisson sont plus allongées, plus désordonnées, comme si une petite main avait gratté la terre de façon aléatoire. On trouve souvent aussi des déjections de hérisson proches : allongées, noires et brillantes, pleines de restes d'insectes.
La présence de hérissons dans votre jardin est une très bonne nouvelle : c'est l'un des meilleurs prédateurs de limaces et d'escargots. Ne prenez surtout aucune mesure pour l'éloigner.
Le renard creuse des terriers dont l'entrée est ovale à ronde, de 20 à 30 cm de diamètre, sans monticule marqué mais avec parfois un léger aplanissement du sol devant l'entrée. Ces terriers sont généralement situés dans des endroits abrités : sous une haie dense, en lisière de massif, sous un bâtiment annexe comme un cabanon ou une terrasse en bois.
Les indices associés au terrier de renard sont souvent plus évidents que le trou lui-même : odeur musquée caractéristique (forte et persistante, facilement reconnaissable), poils roux coincés sur les bords de l'entrée, restes de proies (plumes, petits os) dispersés à proximité.
Le renard est protégé par des réglementations strictes dans certaines régions et son statut varie selon les départements. Si un terrier s'établit dans votre jardin, consultez votre mairie ou votre fédération de chasse départementale pour connaître les options légales disponibles.
Le blaireau creuse de véritables terriers que l'on appelle blaireautières, dont les entrées sont nettement plus grandes que celles des autres animaux de cette liste : 30 à 50 cm de diamètre, en forme d'ellipse ou de demi-cercle aplati en bas. Il laisse parfois un léger tertre devant l'entrée, mais dans les terrains meubles ou sablonneux, la terre peut être très rapidement dispersée et l'on se retrouve avec un grand trou apparemment sans monticule marqué.
Les indices spécifiques au blaireau : des traces de griffes allongées visibles dans la terre autour de l'entrée (le blaireau a de longues griffes plates adaptées au creusement), de la litière végétale (herbes, feuilles) parfois traînée à l'intérieur, des poils gris et blancs sur les bords. L'entrée donne souvent dans un talus, sous une haie ou en lisière de jardin et de zone boisée.
Le blaireau est une espèce protégée en France. Toute perturbation de sa blaireautière est réglementée.
La courtilière, ou Gryllotalpa gryllotalpa, est un insecte creuseur souvent méconnu qui cause des dommages importants dans les jardins potagers et les pelouses. Elle ressemble à un gros grillon d'environ 4 à 5 cm, avec des pattes avant adaptées à la fouille comparable à celles d'une taupe miniature.
Elle creuse des galeries souterraines peu profondes, à 5 à 10 cm de profondeur, dont les entrées se manifestent par de petits trous ronds de 2 à 3 cm dans la terre fine, souvent accompagnés de soulèvements légers du sol qui forment comme de petites crêtes. Dans une pelouse ou un potager, on peut observer des zones où les semis meurent mystérieusement : la courtilière sectionne les racines en creusant ses galeries, sans que les dégâts soient visibles en surface.
La présence de courtilières est plus fréquente dans les sols légers, sablonneux, riches en matières organiques. On les trouve souvent dans les jardins qui utilisent beaucoup de compost ou de fumier. Elles sont actives la nuit et au printemps-été.
Pour les confirmer, arrosez abondamment la zone suspecte en fin de journée : les courtilières remontent en surface quand le sol est gorgé d'eau et elles peuvent alors être observées ou récupérées.
Le lapin de garenne creuse des terriers dont les entrées ont un diamètre de 10 à 15 cm, parfaitement ronds et propres. Comme le renard, il choisit des emplacements abrités sous des haies, dans des talus ou sous des buissons épais. Contrairement au terrier de blaireau, l'entrée d'un terrier de lapin est souvent entourée de petites crottes rondes et sèches facilement reconnaissables.
Dans les jardins périurbains ou proches de zones de garenne, les lapins peuvent creuser plusieurs terriers sur une même propriété, avec des réseaux de galeries connectés. Leurs dégâts ne se limitent pas aux trous : ils grignotent aussi l'écorce des jeunes arbres, les légumes du potager et les fleurs des massifs.
Certains oiseaux, notamment les étourneaux, les merles, les corneilles et les pies, fouillent régulièrement les pelouses à la recherche de vers de terre, de larves et d'insectes. Ces fouilles se manifestent par de petits trous coniques très peu profonds, de 1 à 3 cm de diamètre, souvent en grand nombre sur une zone délimitée.
Ce type de fouille intensive d'oiseaux sur une pelouse est souvent le signe d'une présence importante de larves de hannetons (vers blancs) ou de tipules dans le sol. Les oiseaux ont détecté une densité élevée de proies et exploitent la zone systématiquement. C'est à la fois un indice d'un problème sous-jacent (les larves qui endommagent les racines) et une solution naturelle mise en œuvre par les prédateurs.
Pour résumer l'enquête, voici la correspondance entre la taille du trou et les suspects principaux :
Croisez toujours la taille du trou avec les indices associés : odeur, déjections, poils, traces de griffes, localisation dans le jardin, moment de la journée où vous observez une activité.
La question se pose naturellement. La réponse dépend entièrement de l'animal responsable et de la situation.
Les trous que l'on peut combler sans problème : ceux laissés par les insectes après la saison (nids de guêpes vides en hiver), les petites fouilles de hérisson en surface, les traces de fouille d'oiseaux.
Les trous qu'il faut laisser : tout terrier habité par un animal protégé (renard, blaireau, hérisson), les entrées de fourmilière dans des zones non problématiques, les galeries de vers de terre.
Les trous à traiter avant de combler : nids de guêpes actifs dans des zones de passage, terriers de lapins qui causent des dégâts au jardin, galeries de courtilières dans le potager.
Si les jardins que vous aimez les plus sont ceux qui vivent et respirent, vous savez déjà que ces trous mystérieux sont souvent le signe d'un jardin habité. Comme les plantes qui attirent les insectes auxiliaires ou les couvre-sols qui abritent la petite faune, ces visiteurs souterrains participent à l'équilibre d'un jardin vivant. Avant de boucher ou de traiter, prenez le temps d'identifier. C'est souvent la meilleure décision.
Placez un bouchon de papier froissé ou un peu de farine devant l'entrée le soir. Si le matin le bouchon est déplacé ou si vous voyez des traces dans la farine, le terrier est actif. Si rien n'a bougé après trois à quatre jours, il est probablement abandonné et peut être comblé sans risque.
La pluie ramollit le sol, facilite les fouilles des animaux qui cherchent des vers de terre remontés à la surface, et provoque parfois l'effondrement de petites galeries superficielles. Si vos trous apparaissent systématiquement après la pluie, les suspects principaux sont les hérissons, les oiseaux fouilleurs (merles, étourneaux) et les vers de terre eux-mêmes qui créent des ouvertures en remontant à la surface.
Oui. Les lézards, notamment le lézard vert et le lézard des murailles, creusent de petits trous de 2 à 4 cm dans la terre meuble et sèche, souvent au pied des murs ensoleillés ou dans les zones de sable, pour y pondre leurs œufs. Ces trous sont nets, propres, et généralement situés dans des endroits très exposés au soleil. Les reptiles étant protégés en France, ces nids doivent être laissés tranquilles.
Rarement, mais c'est possible. Si les trous apparaissent directement contre vos fondations, sous une dalle ou sous un mur, et s'ils s'agrandissent progressivement, il peut s'agir d'un terrier de renard, de blaireau ou de rat qui mine progressivement le sol de fondation. Dans ce cas, faites appel à un professionnel pour évaluer la situation. Des galeries de grande ampleur sous une dalle peuvent, à terme, provoquer des affaissements.
Parfois oui. Un chien qui creuse obsessionnellement au même endroit détecte souvent une odeur souterraine : un terrier habité, une carcasse enfouie, des truffes ou des champignons souterrains, ou simplement un endroit où un animal sauvage a marqué son territoire. Observez où votre chien creuse avec le plus d'insistance : cela peut vous donner des indices précieux sur ce qui se passe sous la surface de votre jardin.
La solution la plus efficace est la barrière physique : un grillage à maille fine enterré sur 30 à 40 cm de profondeur et replié en L vers l'extérieur au fond, pour empêcher les lapins de passer par dessous. En surface, un grillage de 80 cm à 1 mètre de hauteur suffit, les lapins sautant rarement plus haut. Les répulsifs olfactifs (poil humain, sang séché, huiles essentielles) donnent des résultats variables et doivent être renouvelés fréquemment.