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Voir un pic vert dans son jardin est une rencontre qui ne laisse pas indifférent. Ce grand oiseau au plumage vert olive, à la calotte rouge écarlate et au cri puissant et caractéristique, a une présence presque théâtrale. Sa visite dans un jardin a une double signification : une signification écologique concrète (la présence de fourmis et d'un sol vivant) et, pour ceux qui s'y intéressent, une signification symbolique riche dans de nombreuses traditions. Sur le plan pratique, voir un pic vert gratter votre pelouse est surtout le signe que votre jardin est sain. Sur le plan symbolique, différentes cultures y voient un messager, un guide ou un présage. Les deux lectures méritent d'être connues.
Le premier pic vert que j'ai vu dans notre jardin bordelais, c'était un matin de novembre. Il martelait le sol de la pelouse avec son bec, indifférent à ma présence à deux mètres de lui. J'ai regardé pendant dix minutes sans bouger. C'est le genre de rencontre qu'on ne programme pas et qu'on n'oublie pas.
| Signification | Ce qu'elle dit |
|---|---|
| 🌿Écologique | Sol vivant et riche en fourmis. Signe d'un jardin en bonne santé écologique |
| 🐜Pratique | Présence de fourmilières souterraines actives sous la pelouse ou dans les massifs |
| ⚡Symbolique universelle | Oiseau du renouveau, de la persévérance et de la communication dans de nombreuses cultures |
| 🌙Présage positif | Dans les traditions celtiques et germaniques : annonce de pluie, de fertilité, de bonne fortune |
| 🔒Espèce protégée | Strictement protégé en France. Toute destruction ou capture est illégale |
Le pic vert (Picus viridis) est le plus grand et le plus répandu des trois espèces de pics présentes en France métropolitaine, avec le pic épeiche et le pic noir. Il mesure entre 30 et 36 cm, soit à peu près la taille d'un pigeon, avec un plumage d'un vert olive caractéristique sur le dos et le dessus des ailes, un ventre jaunâtre, une calotte rouge vif (chez les deux sexes) et une moustache noire bordée de rouge chez le mâle, simplement noire chez la femelle.
Son cri est l'un des plus reconnaissables de la faune aviaire française : un rire sonore, répété, légèrement mélancolique, souvent décrit comme le cri du "yaffle" en anglais (un onomatopée). Ce cri s'entend à grande distance et annonce sa présence bien avant qu'on ne le voie.
Contrairement à une idée reçue, le pic vert ne tambourine pas les arbres pour communiquer ou pour chercher sa nourriture. C'est le pic épeiche qui fait ce tambourinement si caractéristique du printemps. Le pic vert, lui, fore occasionnellement les arbres malades ou morts pour y chercher des larves, mais c'est accessoire : son alimentation principale se fait au sol, à la recherche de fourmis.

C'est la lecture la plus concrète et la plus utile pour le jardinier.
Le régime alimentaire du pic vert est dominé à 60 à 80 % par les fourmis et leurs larves. Il les débusque dans les fourmilières souterraines avec une technique fascinante : il creuse dans le sol avec son bec puissant pour atteindre les galeries, puis il plonge sa longue langue collante et barbelée dans les tunnels pour capturer les fourmis et leurs œufs en grande quantité.
Un seul pic vert peut consommer plusieurs milliers de fourmis par jour. Il est particulièrement friand des fourmis des bois (Formica rufa) et des fourmis jaunes (Lasius flavus), ces dernières formant des monticules caractéristiques dans les pelouses non traitées.
Voir un pic vert gratter le sol de votre pelouse est donc un signal clair : il y a des fourmilières actives sous votre gazon. Ce n'est pas nécessairement une mauvaise nouvelle. Les fourmis participent à l'aération du sol et à la décomposition de la matière organique. Leur présence en quantité est souvent le signe d'un sol non traité aux insecticides, ce qui est globalement positif pour la biodiversité.
Un pic vert qui fréquente régulièrement votre jardin témoigne de plusieurs choses : votre sol contient une faune invertébrée active (fourmis, vers de terre, larves), votre jardin n'est pas traité aux insecticides systémiques qui éliminent cette faune, et il y a probablement des zones non perturbées (pelouse non scarifiée intensément, zones de sol naturel) où les fourmilières peuvent s'établir.
C'est en quelque sorte un brevet de jardinage naturel décerné par la nature elle-même.
Si vous voyez un pic vert fore un arbre de votre jardin de façon répétée et insistante, c'est une information importante. Les pics s'attaquent rarement au bois sain : ils creusent les arbres malades ou morts où se trouvent des larves de coléoptères xylophages (lucane, capricorne, bupreste).
Un arbre régulièrement attaqué par un pic mérite une inspection : il est peut-être infesté de larves de bostryches ou d'autres insectes xylophages, signe que le bois est affaibli ou dépérissant. Le pic est ici le révélateur, pas le problème. Si vous constatez des trous inhabituels dans votre jardin en plus des marques du pic, c'est peut-être le signe d'une activité souterraine plus large à investiguer.

Les cultures humaines ont toujours prêté attention aux oiseaux, et le pic a une place particulière dans un grand nombre de traditions.
Dans la Rome antique, le pic était associé à Mars, le dieu de la guerre et de la force virile. La légende raconte que Picus (le pic) était un roi latin transformé en oiseau par la magicienne Circé après avoir repoussé ses avances. Ce roi avait le don de prophétie, et le pic hérita de cette dimension divinatoire.
Les Romains observaient le comportement des pics dans leurs pratiques d'augures : la direction de son vol, son cri et ses choix d'arbres étaient interprétés comme des présages avant les batailles ou les décisions importantes.
Dans les croyances populaires de l'Europe du Nord et celtique, le pic vert est traditionnellement associé à la pluie et à la fertilité. Son cri, qui s'intensifie souvent avant les changements de temps, lui a valu le surnom de "pluvier" ou de "pluviomètre" dans plusieurs dialectes régionaux français. On disait que quand le pic crie, la pluie arrive.
Cette association entre le pic et la pluie n'est pas que superstition : les ornithologues ont observé que le pic vert est effectivement plus vocal et plus actif avant les fronts humides, probablement parce que les variations de pression atmosphérique qui précèdent la pluie modifient l'activité des fourmis, sa proie principale.
Dans de nombreuses traditions chamaniques et spirituelles contemporaines, le pic est associé à la persévérance, à la ténacité et à la capacité à aller chercher ce qui est caché en profondeur. Son comportement de creusement, qui exige de l'effort et de la répétition pour atteindre la nourriture enfouie, en fait le symbole de celui qui ne renonce pas.
Pour certaines pratiques de méditation et de développement personnel, croiser un pic est interprété comme une invitation à continuer à travailler sur quelque chose d'important, même quand les résultats ne se voient pas encore.
Dans plusieurs traditions populaires françaises régionales, voir un pic vert dans son jardin est considéré comme un présage de bonne fortune pour la maison. Sa couleur verte (couleur de la nature, de la croissance et de l'espérance) et son cri puissant et joyeux en font un visiteur perçu positivement dans l'imaginaire populaire.

Le pic vert est inscrit sur la liste des espèces d'oiseaux strictement protégées en France, en application de la directive Oiseaux européenne. Il est interdit de le capturer, de le blesser, de le tuer, de détruire son nid ou ses œufs, et même de le déranger intentionnellement pendant la nidification. Ces protections s'appliquent sans exception, y compris dans un jardin privé.
Si un pic vert creuse de petits trous dans votre pelouse pour atteindre des fourmilières, les dégâts sont en général limités : quelques petits cratères de 2 à 3 cm de diamètre. Ce n'est pas esthétique mais ce n'est pas grave. La pelouse se referme généralement en quelques jours.
Certains jardiniers qui n'apprécient pas ces visites tentent de dissuader le pic avec des répulsifs visuels (rubans brillants, CD suspendus). Ces méthodes ont une efficacité limitée et temporaire, et elles ne sont pas à encourager pour un oiseau protégé dont la présence témoigne de la bonne santé du jardin.
Si vous souhaitez favoriser sa présence, quelques aménagements sont utiles. Laissez une zone de pelouse non traitée et non scarifiée intensément où les fourmilières peuvent s'établir. Gardez un ou deux arbres morts ou dépérissants si la sécurité le permet : ils seront des garde-manger précieux pour le pic. Les nichoirs à pics (entrée d'environ 6 cm de diamètre, profondeur de 30 cm) sont parfois utilisés, mais le pic vert préfère creuser lui-même ses cavités dans du bois mou.
Le jardinage naturel sans insecticides est le meilleur moyen d'attirer et de garder le pic vert : un jardin traité aux insecticides systémiques tue les fourmis et les larves qui constituent sa nourriture. Comme pour les larves de coccinelles qui régulent naturellement les pucerons, le pic vert fait partie de cet équilibre naturel que les traitements chimiques systémiques perturbent profondément.
Le pic vert est assez caractéristique pour être reconnu sans ambiguïté une fois qu'on l'a vu une fois : sa taille (comparable à un pigeon), son plumage vert vif, sa calotte rouge et son comportement au sol sont distinctifs. Le seul oiseau qui pourrait prêter à confusion est le pic noir (plus grand, entièrement noir avec une calotte rouge) ou le pic épeiche (plus petit, noir et blanc avec une tache rouge).
Le cri du pic vert (ce rire caractéristique) est son principal moyen de communication territoriale. Il s'intensifie au printemps pendant la période de reproduction (mars à mai) quand les mâles défendent leur territoire et cherchent à attirer une femelle. En dehors de cette période, il reste vocal mais de façon moins intense. Un pic qui crie beaucoup dans votre jardin au printemps est un mâle en phase de séduction ou de défense territoriale.
Rarement sur un arbre sain. Les pics ciblent les zones déjà affaiblies ou les arbres à bois mou. Sur un arbre sain et vigoureux, les quelques perforations occasionnelles d'un pic n'ont aucune conséquence sur la santé de l'arbre. Si un pic s'acharne sur un arbre sain en apparence, cela peut indiquer une infestation de larves dans le bois non encore visible extérieurement.
Oui, c'est un oiseau sédentaire en France. Il ne migre pas et reste sur son territoire toute l'année. En hiver, quand le sol est gelé et que les fourmis sont moins accessibles, il peut se nourrir davantage de larves dans les arbres. C'est souvent en automne et en hiver qu'on le voit le plus souvent au sol dans les jardins, quand les feuilles sont tombées et que sa silhouette est plus visible.
Non. Traiter les fourmilières souterraines avec des insecticides empoisonnerait directement la nourriture du pic vert et le priverait de sa principale source alimentaire. Les fourmis participent par ailleurs à l'équilibre du jardin : aération du sol, décomposition des matières organiques, prédation de certains insectes nuisibles. Leur présence modérée est un signe de bonne santé du sol, pas un problème à traiter.